mardi, mai 16, 2006

Actualité - L'heure de l'Amérique latine est arrivée

Franc-Parler publie un article de Granma International sur l'émergeance d'une alternative en Amérique latine à travers la lutte contre l'impérialisme. L'Alternative bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) est un pilier constitué de la Bolivie, de Cuba et du Venezuela pour changer le visage de l'Amérique. Le plus grand gain enregistré par les luttes de ces peuples est l'affirmation de la souveraineté, 45 ans après que le peuple cubain ait mis en déroute l'invasion américain à la Playa Giron.

Avril a de nouveau prêté ses jours à l'Histoire. C'est un 19 avril, il y a 45 ans, que l'impérialisme américain a subi dans les sables cubains de Playa Giron sa première déroute militaire en Amérique latine. Ce 29 avril 2006 à La Havane, capitale du premier pays socialiste de l'hémisphère, l'empire a encore subi une défaite, d'une plus grande portée car il s'agit de la défaite de ses idées et de l'imposition de son modèle de domination.

Cuba, cette fois, n'a pas été seul dans la bataille. Le Venezuela bolivarien, d'Hugo Chavez, et la Bolivie dirigée par l'indigène Evo Morales, nous accompagnent.

Lors du premier anniversaire des accords de mise en route de l'Alternative Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) signée par Cuba et le Venezuela, une triade révolutionnaire s'est formée avec l'intégration de la Bolivie à cet instrument d'intégration et dont le président a apporté, en outre, la proposition des Traités de Commerce pour les Peuples d'Amérique (TPC) pour faire contrepoids à ceux de Libre-échange par lesquels le gouvernement des États-Unis entend renforcer l'exploitation et la dépendance de nos peuples.

Dans les documents signés par les trois dirigeants, qui comportent un Communiqué commun, sont fixées les positions concernant le processus d'intégration, lequel, ont-ils décidé, doit être «basé sur des principes d'aide mutuelle, de solidarité et de respect de l'autodétermination» dans le but d'«apporter une réponse adéquate à la hauteur de la justice sociale, de la diversité culturelle, de l'équité et du droit au développement que méritent et réclament les peuples».

Avec ce pas en avant fait par la Bolivie on assiste à un renforcement des efforts intégrationnistes qui ont lieu actuellement sur le continent avec l'arrivée au pouvoir de gouvernements de type nationaliste et populaire, des efforts qui dans le cas de Cuba et du Venezuela portent déjà leurs fruits.

Fidel, Chavez et Evo sont tombés d'accord, en outre, sur le fait que seul une nouvelle et véritable intégration, qui s'oppose aux relations de type économique et politique établies par la ZLEA et les Traités de libre échange, peut garantir un développement durable et souverain de nos peuples.

Le début d'un grand jour

Ce fut au Palais des Conventions de la capitale cubaine où se sont donnés rendez-vous ceux qui, aux dires d'Evo Morales, représentent trois générations de révolutionnaires: Fidel, Hugo Chavez et le leader indigène lui-même, que ceux-ci ont signé un Accord pour l'application de l'Alternative Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique et le Traité de Commerce des Peuples.

Juste à deux heures de l'après-midi, la ministre cubaine pour les Investissements étrangers et la Collaboration économique, Marta Lomas, pour démontrer la justesse et la viabilité de l'ALBA, a fait un récapitulatif des relations cubano-vénézuéliennes pour montrer à quel point celles-ci ont avancé depuis ce 30 octobre 2000, date à laquelle ses principaux dirigeants ont signé l'Accord intégral de coopération qui a servi de base à la signature le 14 décembre 2004 de la Déclaration commune et l'Accord pour l'application de l'ALBA.

En conséquence, a rappelé la ministre, les délégations de Cuba et du Venezuela se sont réunies les 28 et 29 avril 2005 qui ont constitué la première réunion pour l'application de l'ALBA, où a été adopté le premier Plan stratégique pour sa mise en marche.

Le bilan a été assez éloquent et encourageant et c'est l'expression de ce que l'on peut obtenir avec des pactes dans lesquels l'honneur, la solidarité et l'amour pour le peuple constituent le principal objectif.

La réussite la plus importante de la période a été la proclamation, le 28 octobre dernier, par l'UNESCO, du Venezuela comme territoire libéré de l'analphabétisme, une condition atteinte en moins de deux ans après une dure bataille contre ce fléau. De même l'annonce, le 20 mars dernier, que la Bolivie allait débuter la Campagne d'alphabétisation avec la participation de 20 alphabétiseurs vénézuéliens, de spécialistes boliviens et de 48 conseillers cubains.

Les chiffres de l'ALBA...

En 2001 les échanges commerciaux entre Cuba et le Venezuela ont été de 973 millions de dollars. En 2005 ce chiffre a atteint les 2 400 millions de dollars avec une augmentation par rapport à 2004 de 255% des exportations non pétrolières du Venezuela vers Cuba.

En 2001 la coopération médicale au Venezuela n'existait pas. Aujourd'hui 23 601 collaborateurs de la santé prêtent leurs services à plus de 17 millions de vénézuéliens, avec un bilan historique de 175 millions de consultations.

Aujourd'hui 3 328 vénézuéliens font leurs études de médecine générale intégrale à Cuba et 12 940 poursuivent ces mêmes études au Venezuela dans la Carrière intégrale communautaire, conseillés par 6 525 spécialistes cubains qui travaillent dans la Mission Barrio Adentro.

Jusqu'au 28 avril la Mission Milagro a permis de réaliser 220 571 opérations chirurgicales, dont 188 389 concernant des Vénézuéliens. L'Opération Milagro n'existait pas en 2001, aujourd'hui celle-ci profite à des patients de 17 pays d'Amérique latine et de la Caraïbe et d'autres la rejoignent.

En 2001 il y avait plus d'un million d'analphabètes au Venezuela, il est aujourd'hui territoire libéré d'analphabétisme. Avec l'assistance cubaine et la méthode Yo si puedo, 1 482 543 illettrés ont été alphabétisés, dont 76 369 indigènes.

En 2001, nous, le Venezuela et Cuba nous avons ouvert la voie à l'ALBA et la Bolivie nous rejoint aujourd'hui et d'autres vont continuer à nous rejoindre.

Interrogé par la chaîne Telesur après la signature des documents à propos de ce qu'il ressentait 45 ans après le triomphe de la Révolution cubaine en partageant sa condition de révolutionnaire avec d'autres présidents, Fidel a été catégorique: «Je suis l'homme le plus heureux du monde». Une idée qu'il a réaffirmée lors de la cérémonie de masses sur la Place de la Révolution en concluant cette journée de solidarité, d'intégration et de Révolution.

Le Sommet d'une journée spéciale et historique

Sur la Place de la Révolution, où comme l'a déclaré Chavez nous accompagnaient les vents bolivariens, les vents de l'ALBA et les vents de Che Guevara qui revient, Fidel a dénoncé la duplicité des États-Unis face au terrorisme, le dirigeant vénézuélien a prophétisé pour le XXIe siècle la fin de l'empire et Evo a rappelé que l'heure était venue de revendiquer l'Amérique, lors d'une soirée historique d'unité et d'espérance pour l'hémisphère.

À 6 heures 10 de l'après-midi et en présence de plus de 25 000 invités s'est terminée cette journée du 29 avril qui, aux dires de Chavez, «bouleverse la conscience de chacun» car ce sont des faits comme ceux-ci qui s'enracinent dans la mémoire collective et se transforment en engagement révolutionnaire.

Ont participé à la cérémonie les délégations officielles visiteuses, dans compter les leaders des cercles bolivariens du Venezuela et d'organisations sociales de Bolivie. Étaient présents aussi des étudiants de l'École latino-américaine de médecine, de l'École internationale d'Éducation physique et des Sports, du nouveau programme de formation des médecins latino-américains, et des membres du Front des combattants sociaux vénézuéliens, Francisco de Miranda.

Étaient présents aussi des médecins et des techniciens membres du Contingent Henry Reeve, de l'Opération Milagro, des ingénieurs et des techniciens qui se préparent à travailler dans les Centres intégraux de santé au Venezuela et des jeunes des Programmes de la Révolution.

Evo a été chargé du discours d'ouverture et il a déclaré, après avoir remercié les peuples cubain et vénézuélien et leurs principaux dirigeants, Fidel et Chavez, que le moment de l'unité était venu, «une unité qui est pour la vie et pour l'indépendance et qui est au-dessus de tout intérêt sectoriel ou régional».

Après avoir fourni quelques anecdotes sur ses débuts de révolutionnaire et son engagement auprès des peuples et de la révolution cubaine, il a souligné que trois générations de révolutionnaires s'étaient réunis à La Havane, la Cubaine, celle de la République Bolivarienne du Venezuela et celle de la révolution de Bolivie pour libérer toute l'Amérique latine et le monde entier.

Il a déclaré que seule la réappropriation des ressources naturelles pourra libérer les peuples et, en ce sens, il a rappelé son appel à l'organisation d'une Assemblée constituante qui puisse permettre de refonder la Bolivie, cette Bolivie qui «doit cesser de mendier même la résistance de certains secteurs de l'oligarchie».

Il a aussi déclaré qu'il ne pensait pas seulement nationaliser les hydrocarbures mais aussi les toutes les ressources naturelles au profit du peuple.

Notre gouvernement, a-t-il souligné, n'abandonnera jamais la lutte pour rendre aux Boliviens ce qu'il leur appartient. En ce sens, il a assuré que son mandat a la responsabilité de garantir une révolution démocratique et sociale en Bolivie pour en finir avec le modèle néo-libéral et décoloniser les richesses. Je suis sûr, a-t-il affirmé, que nous vaincrons l'oligarchie exploiteuse grâce à l'unité du peuple.

Il a ajouté être convaincu que son peuple n'est pas seul, comme ne l'est pas non plus Cuba, car le Venezuela et la Bolivie sont maintenant à ses côtés, a-t-il dit.

Concernant les accords signés il a déclaré que seule l'ALBA pourra affronter et vaincre la ZLÉA, comme unique solution pour venir à bout du colonialisme et du néolibéralisme.

Grâce à l'opération Milagro, qui est le fruit de l'ALBA, a-t-il souligné, plus de 7 000 Boliviens ont retrouvé la vue, et de nombreux médecins cubains offrent déjà leur collaboration dans des provinces du pays.

Finalement, il a profité de l'occasion pour au nom de son peuple féliciter Fidel pour son prochain 80e anniversaire et, devançant tout le monde, il lui a fait cadeau de trois tableaux faits avec la feuille de coca, représentant les images de José Marti, du Commandant Ernesto Che Guevara et de Fidel lui-même.

La Bolivie est un engagement

A pris ensuite la parole le président Hugo Chavez qui avec son ton familier habituel et passionné nous a fourni une classe magistrale d'histoire latino-américaine.

Il a voulu commencer en parlant de la Bolivie dont il a dit «c'est un engagement, un défi, un amour effrénée de liberté, d'égalité». C'est, a-t-il réaffirmé, «le coeur de l'Amérique et l'utopie réalisable».

Il a rappelé que ce pays est né comme projet, comme rêve, il y a 180 ans.

La Révolution Bolivarienne qui s'est déclarée anti-impérialiste et socialiste, a-t-il exprimé, ratifie sa volonté et sa décision de soutenir la Bolivie et son gouvernement dans les efforts qu'elle a entrepris.

Il a fait l'éloge du pays andin pour avoir signé son intégration à l'ALBA cent jours à peine après avoir accédé au pouvoir.

Après qu'Evo nous ait rejoint dans cet accord «nous entrons dans une nouvelle phase de l'ALBA car c'est lui qui a proposé une nouvelle pièce tactique: le Traité de Commerce des peuples (TCP), a ajouté Chavez.

L'ALBA, a-t-il souligné, continuera d'ouvrir la voie de ce nouveau modèle d'intégration contre la ZLEA, contre le capitalisme et contre l'impérialisme.

«Ce sera à vous les jeunes d'assister de vos propres yeux à l'effondrement de l'empire américain, car ce siècle est celui de sa fin, de la naissance d'une nouvelle patrie qui soit la notre, où nous serons tous libres et plus heureux», a conclu le président Chavez non sans avoir annoncé que «nos héros sont de retour en Amérique latine».

Fidel fustige la duplicité de l'administration Bush

Les paroles de clôture ont été du ressort du président Fidel Castro, qui a expliqué, avec le didactisme génial qui le caractérise, ce que signifie l'ALBA concernant le développement du capital humain de nos peuples.

«Cet accord que nous avons signé aujourd'hui est la plus éthique qui n'a jamais été signé.

Ce n'est pas pour deux ou trois qu'ils veulent partager leurs richesses. Nous avons l'énorme pouvoir des idées justes», a souligné Fidel.

Il a parlé du nouveau genre de professionnel de la santé qui est en train de se former, du désintérêt qui les caractérise, du fait que ce n'est pas seulement Cuba qui forme des médecins mais qu'ils sont formés aussi au Venezuela avec une qualité indépassable et qu'ils seront des dizaines de milliers dans une dizaine d'années.

Il a insisté de nouveau sur la nécessité pour Chavez et maintenant Evo de faire attention car l'ennemi ne va pas désarmer, a-t-il souligné, ils vont tenter d'attenter à vos vies car ils savent bien comment pratiquer l'assassinat silencieux.

Plus loin en parlant de la nouvelle réalité continentale il a affirmé qu'«il n'y a aucun moyen d'empêcher le surgissement de nouveaux leaders».

Il a rappelé les appétits de l'empire depuis ses débuts et la façon dont en 1929 ils avaient envahi le Nicaragua et assassiné le leader révolutionnaire Augusto César Sandino pour imposer Somoza, comme ils l'ont fait avec Trujillo en République Dominicaine et avec des dizaines de tyrans sanguinaires et d'auteurs de coups d'État à toutes les époques.

De même, a-t-il rappelé, le massacre de la population indigène qui a commencé avec la conquête et la colonisation et c'est l'empire naissant qui les a achevés.

En ce sens, il a mentionné l'importance de rappeler ces faits ce 29 avril, où l'ALBA obtient le renfort de la Bolivie, un accord qui, a-t-il signalé, constitue un frein contre la ZLÉA, qui n'est rien d'autre qu' «un instrument raffiné de domination et qui constitue la tactique du gouvernement des États-Unis pour soumettre nos peuples».

Il a aussi mis en garde contre un autre ingrédient contenu dans la ZLEA et qui est le projet militaire du gouvernement américain avec sa mise en place de manoeuvres dans la région caribéenne, l'implantation de bases militaires, l'amplification du réseau de renseignement impérial, parmi d'autres prérogatives.

Dans une autre partie de son intervention, il a réaffirmé que les médecins cubains seront en Bolivie le temps nécessaire et que Cuba soutiendra la révolution bolivienne dans tous ses besoins.

Finalement Fidel a rappelé la duplicité, le «deux poids deux mesures» avec lequel l'administration républicaine de George W. Bush conduit sa prétendue campagne contre le terrorisme.

À ce propos il a fait allusion au dernier rapport du Département d'État dans lequel on affirme de manière scandaleuse que le gouvernement d'Hugo Chavez est proche d'organisations terroristes colombiennes et que Cuba, à l'image de l'Iran et de la Corée du Nord, protège ces activités terroristes.

Le chef de la Révolution a fustigé l'hypocrisie de l'empire à ce sujet, car dans le même temps qu'ils présentent Cuba et le Venezuela comme des terroristes, le gouvernement américain a entrepris les démarches pour obtenir de la présidente panaméenne, Mireya Moscoso, la grâce du terroriste et criminel Luis Posada Carriles et de ses acolytes pour plus tard leur permettre d'entrer illégalement sur leur territoire, où non seulement il l'a caché mais aussi refusé de répondre aux multiples requêtes publiques de Cuba pour savoir comment et par où il est entré et pour connaître ceux qui ont participé à une opération aussi répugnante.

Il est impossible de prétendre que le sieur Negroponte et son légendaire organisme de renseignement avec plus de 30 bureaux, que les hauts fonctionnaires de ce gouvernement, ne savaient pas où était Posada, l'un des plus sanguinaires terroristes de cet hémisphère, tortureur et assassin de nombreux révolutionnaires vénézuéliens, et l'un des principaux responsables de l'explosion de l'avion cubain à la Barbade en octobre 1976, a-t-il affirmé.

Maintenant, a signalé Fidel, ils ne savent pas quoi faire de Posada Carriles, et tandis qu'ils cherchent la façon de le protéger, ils lancent ces ridicules accusations contre le Venezuela et Cuba tout en entreprenant des manoeuvres militaires dans la Caraïbe pour essayer de nous intimider, une chose qu'ils ne réussiront jamais, car les deux peuples sont décidés à défendre leur liberté à tout prix, a-t-il déclaré.

Fidel a rappelé que Cuba a déjà dénoncé les préparatifs de guerre contre l'Iran entrepris par l'administration républicaine, et il a souligné que devant une telle prépotence et manque de sens commun il valait la peine de se demander dans la tête de qui pouvaient bien être les destinées de l'humanité, et l'ampleur des risques que court l'espèce humaine elle-même.

Miguel Bonasso, député argentin, et l'ex-président du Nicaragua, Daniel Ortega, candidat du Front sandiniste de libération pour les prochaines élections présidentielles de cette nation, étaient parmi les invités durant toute la journée de réaffirmation révolutionnaire continentale.

(Granma International - Nidia Diaz)

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