mercredi, juillet 11, 2007

Actualité - Six autres soldats canadiens tués en Afghanistan

Six soldats canadiens et un interprète ont été tués en Afghanistan mercredi passé lorsque leur véhicule blindé a été la cible d’une bombe incendiaire artisanale à quelque vingt kilomètres au sud-ouest de Kandahar. Ces morts amènent à 66 le nombre des soldats des Forces armées canadiennes (FAC) tués en Afghanistan, dépassé en cela seulement par les Etats-Unis parmi les 37 pays qui ont participé à l’occupation de l’Afghanistan sous direction américaine et soutenue par l’OTAN.

Tous les morts des FAC sauf sept ont eu lieu depuis l’été 2005, lorsque les troupes canadiennes ont été déployées à Kandahar et qu’elles ont pris un rôle dirigeant dans la campagne de contre-insurrection pour soutenir le gouvernement d’Hamid Karzaï mis en place par les Américains. Il y a eu 31 soldats canadiens tués en 2006 et, à ce jour, 22 en 2007, dont 19 par des bombes artisanales.

Un porte-parole des FAC a déclaré que le nombre croissant des morts causées par des bombes artisanales est la preuve que les soldats canadiens ont mis les talibans dans les câbles. « Ils ne peuvent pas avoir de succès, ils ne peuvent pas gagner » a déclaré le lieutenant-colonel Jean Trudel, le chef d’état-major des FAC à Kandahar. « Le fait que nous perdions beaucoup de soldats suite à des attaques par des bombes artisanales est une indication de succès, dans le sens où les opérations conventionnelles ont été un succès contre les talibans. »

Les événements de mercredi se sont produits dans le district de Panjwai, une région dans laquelle les FAC affirment avoir en grande partie expulsé l’insurrection anti-gouvernementale.

Malgré les vantardises de Trudel, les FAC sont troublées que les talibans aient réussi contre le Nyala RG-31, un véhicule qui a été développé pour résister aux mines et qui est considéré par l’armée canadienne comme étant son meilleur véhicule blindé servant au transport des troupes.

Les élites canadiennes craignent de plus en plus que les victimes des FAC et le grand nombre des victimes civiles causées par les bombardements sans discernement de l’OTAN, sans parler de la corruption et du très mauvais dossier du gouvernement afghan en matière de droits de l’homme, ne minent l’appui de la population pour l’intervention militaire canadienne en Afghanistan.

Un sondage de Strategic Counsel ayant eu lieu en mai avait indiqué que 57 pour cent des Canadiens s’opposaient à la mission des FAC, alors que seulement 36 pour cent la soutenaient. De plus, il y avait trois fois plus de Canadiens à s’opposer fermement à la mission (28 pour cent) qu’à l’appuyer fermement (10 pour cent).

Le journal néoconservateur National Post et le journal libéral Toronto Star ont tous deux répondu à l’annonce de nouvelles victimes canadiennes avec des éditoriaux soutenant clairement l’intervention canadienne en Afghanistan. Les deux éditoriaux commençaient en dénonçant le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, pour avoir réitéré l’appel de son parti au retrait des FAC de l’opération de contre-insurrection au sud de l’Afghanistan.

Reprenant des commentaires du premier ministre conservateur canadien, Stephen Harper, le National Post a accusé Layton d’« offrir aux talibans la victoire de la propagande ». Le Toronto Star a répondu aux affirmations de Layton que le déploiement des FAC au sud de l’Afghanistan est la « mauvaise mission » pour le Canada en déclarant : « Non. Le Canada a la bonne mission, aussi coûteuse soit-elle… »

Le Star et le National Post, sans doute les journaux les plus étroitement associés aux partis libéral et conservateur respectivement, ont présenté des arguments semblables afin de trouver un appui pour la guerre : le front de la guerre internationale contre le terrorisme est en Afghanistan; mettre un terme à la présente mission des FAC avant février 2009 déshonorerait les soldats canadiens qui ont perdu la vie et trahirait les alliés du Canada ; l’intervention militaire canadienne est une mission humanitaire ayant pour but d’apporter la démocratie et d’améliorer la vie du peuple afghan.

Ce n’est pas un hasard si ces arguments rejoignent ceux que l’administration Bush a donnés pour ses guerres de conquête en Afghanistan et en Irak, car les buts de l’intervention des FAC ne sont pas moins prédateurs, même si les ambitions de l’élite patronale et politique du Canada sont nécessairement plus modestes.

Le développement de l’intervention militaire canadienne en Afghanistan a deux principaux objectifs : premièrement, s’attirer les bonnes grâces de l’administration Bush et de l’élite dirigeante américaine en permettant aux Etats-Unis de concentrer davantage ses ressources militaires sur les combats contre l’insurrection en Irak ; en second lieu, et non moins important, défendre les intérêts de la bourgeoisie canadienne dans le monde, y compris dans la région riche en pétrole de l’Asie centrale.

Après avoir activement exigé et obtenu un rôle important dans la guerre en Afghanistan, les FAC jouent maintenant un important rôle dans le gouvernement afghan alors que des représentants de l’armée et du gouvernement canadiens collaborent étroitement avec d’importants membres du personnel et ministres d’Hamid Karzaï (Voir : Les « ministres canadiens » du gouvernement afghan d’Hamid Karzaï). Les interventions militaires canadiennes à l’étranger, a déclaré le chef d’état-major des FAC, le général Rick Hillier, lors d’une entrevue en 2006, doivent offrir « suffisamment de crédibilité pour nous donner l’occasion d’avoir des postes de commandement et d’influencer et de modeler des régions et des populations en accord avec nos intérêts et en accord avec nos valeurs ».

Ce furent les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et Paul Martin qui lancèrent l’intervention militaire canadienne en Afghanistan et qui chargèrent plus tard les FAC d’un rôle majeur dans la guerre néocoloniale de contre-insurrection au sud de l’Afghanistan. Mais c’est l’actuel gouvernement conservateur minoritaire qui a énoncé le plus clairement la détermination de l’élite canadienne à devenir une force géopolitique mondiale et à développer et déployer les FAC dans cette optique. Au cours de la campagne électorale fédérale de 2006, le premier ministre Stephen Harper avait affirmé qu’il souhaitait développer l’armée canadienne jusqu’au point où les grandes puissances du monde devraient en tenir compte. Il a qualifié les pertes subies par les FAC en Afghanistan de prix que le Canada doit payer pour devenir un joueur mondial.

Harper et ses ministres ont signalé à maintes reprises qu’ils prévoyaient que les troupes canadiennes demeurent en Afghanistan pour une durée allant bien au-delà de février 2009, l’échéance de l’actuelle mission des FAC, et de nombreuses fois ils ont soutenu que l’armée canadienne mènerait fort probablement des guerres à l’étranger, en Afghanistan et ailleurs, pour plusieurs années à venir.

Lors d’un discours jeudi à Halifax qui présentait les grandes lignes d’un projet de 3,1 milliards $ visant à remettre à neuf une douzaine de frégates, Harper a insisté que cela permettra au Canada de projeter sa puissance à l’étranger et de prendre un rôle de direction dans l’OTAN ou dans d’autres opérations militaires impliquant plusieurs nations. « Plus que jamais, a déclaré le premier ministre, nos frégates de la classe Halifax seront d’immenses postes de commandement capables de défendre le Canada ici et à l’étranger. [...] L'une des plus importantes mesures de modernisation de nos frégates consistera à renforcer les centres de commandement et de contrôle, ce qui leur permettra de diriger les opérations plutôt que de simplement y participer. »

Harper avait déclaré que les pertes croissantes des FAC en Afghanistan « pèsent lourdement sur ma conscience », mais a tout de même réaffirmé l’engagement de son gouvernement dans la guerre. « Le gouvernement, a affirmé Harper, a été très clair sur la durée de la mission. »

Le cours militariste de Harper reçoit un fort appui de l’élite corporative canadienne. Mais l’opposition populaire à l’intervention des FAC en Afghanistan et à l’administration Bush sont des facteurs clés de l’échec des conservateurs à obtenir un appui suffisant pour prendre le risque de précipiter des élections et obtenir une majorité parlementaire, malgré la couverture médiatique favorable et un budget fédéral conçu pour s’attirer la faveur de l’électorat.

Certains experts de la presse, prétendent, sur la base d’une récente déclaration de Harper selon laquelle l’intervention des FAC en Afghanistan allait se prolonger au-delà de février 2009 seulement s’il y a un consensus parlementaire fort pour l’appuyer, que le premier ministre est forcé de se plier à la volonté populaire et qu’il est maintenant presque certain que les troupes canadiennes vont se retirer en 2009.

En réalité, la déclaration de Harper est un écran de fumée visant à désorienter l’opposition populaire à la guerre et à donner aux conservateurs la possibilité de pouvoir dire lors d’une campagne électorale qu’ils vont prolonger la mission seulement avec l’approbation du Parlement ou de l’opposition, et ensuite, une fois assurés d’une majorité parlementaire, déclarer que cela constitue un mandat populaire pour prolonger le rôle des FAC dans la guerre en Afghanistan.

Ou sinon, peut-être que Harper calcule être en mesure de gagner l’appui des libéraux ou d’une de ses sections, malgré leurs prétentions actuelles. En mai 2006, les libéraux se sont divisés sur une motion parlementaire endossant une extension de deux ans de la mission des FAC, Ignatieff, l’actuel chef de l’aile parlementaire, prenant la tête d’un quart des libéraux du caucus à voter pour la motion. Même ceux qui votèrent contre la motion, incluant Dion, ont dit avoir voté ainsi pour des raisons procédurales.

Les parties de l’opposition, pendant ce temps, continuent de faire des déclarations mi-figue mi-raisin sur l’Afghanistan pour en appeler tant à l’élite corporative, dont ils défendent les intérêts et qui est très favorable à l’intervention des FAC, qu’à la population, qui y est de plus en plus hostile.

Tant l’opposition officielle libérale que le Bloc québécois, favorable à l’indépendance du Québec, ont condamné le NPD pour avoir demandé le retrait immédiat des troupes canadiennes, comme étant « irresponsable », tout en disant être opposé à la prolongation de la mission dans le sud de l’Afghanistan au-delà de février 2009. Mercredi, le chef libéral, Stéphane Dion demandait au Parlement d’aviser officiellement l’OTAN que la mission des FAC allait se terminer dans 19 mois à compter de ce jour puisque les partis d’oppositions n’allaient pas appuyer une prolongation. « C’est maintenant que nous devrions envoyer ce message, a dit Dion. Tant que nous ne serons pas clairs, ils [les Etats membres de l’OTAN] vont penser que nous allons y rester. »

Des partisans en vue de la mission des FAC en Afghanistan ont critiqué la position de Dion, disant que la plupart des Etats membres de l’OTAN ont régulièrement refusé de déployer des troupes dans le sud de l’Afghanistan et qu’un retrait des Canadiens en 2009 aurait des conséquences désastreuses pour la campagne contre-insurrectionnelle et pourrait augmenter les tensions au sein de l’OTAN à un point de rupture.

Le parti social-démocrate du Canada, le NPD, a appuyé l’intervention des FAC en Afghanistan, incluant son déploiement à Kandahar, durant presque 5 ans. Vers la fin août 2006, voulant refaire leur image ternie de « gauche » et s’attirer des votes, le NPD a cherché à se repositionner comme un parti anti-guerre, en appelant à un retrait des FAC de sa mission contre-insurrectionnelle actuelle. Par la suite, le chef du parti Jack Layton a clairement laissé savoir que le NPD n’était pas prêt à faire tomber le gouvernement conservateur sur la question de la guerre en Afghanistan – malgré les tentatives du gouvernement minoritaire conservateur et de l’élite canadienne d’utiliser l’intervention afghane pour jeter les bases politiques et militaires pour la participation des FAC à d’autres guerres dans le futur.

(World Socialist Web Site, par Keith Jones)

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1 Comments:

Blogger Imigrante said...

Rock 'n' Roll
http://imigrante.blogspot.com

8:17 a.m.  

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