vendredi, avril 28, 2006

Actualité - Haïti : Deuxième tour des élections législatives : les jeux sont faits?

Franc-Parler publie un article du journal Haïti-Progrès à propos du deuxième tour des élections législtaives en Haïti. Les résultats préliminaires laissent présager un Parlement plutôt fragmenter. Les grandes puissances et leurs alliés haïtiens n'ont toujours pas laissés tombés leurs ambitions impérialistes sur Haïti. La fraude et de nombreux incidents lors de ce second tour montrent que la partie n'est pas gagnée pour le peuple haïtien.

Finalement on en est arrivé au bout, ou presque, – il reste encore les municipales et les collectivités - de ces élections, avec le deuxième tour qui devrait permettre la formation d’un Parlement, quel qu’il soit. Mais le peuple haïtien n’est pas au bout de ses peines, comme il doit bien s’en douter depuis le début de ce processus électoral piégé d’un bout à l’autre.

Récapitulons: pour le premier tour, seulement deux députés sur les 99 avaient pu être élus et 83 autres devaient suivre avec ce deuxième tour, en attendant que les 14 restants pour qui le scrutin avait été annulé au premier tour et qui en étaient, eux, à nouveau au premier tour ce 21 avril, de même que pour les trois sénateurs du Nord-Est.

Pour le Sénat au moins 20 élus sont pratiquement connus, vu le nombre de procès-verbaux déjà comptabilisés par rapport au total, et Lespwa, la plate-forme du président élu est le parti ayant remporté le plus de sièges sans toutefois détenir une majorité.

En effet, suivant les résultats partiels fournis par le secrétaire général du CEP, Rosemond Pradel, Lespwa serait déjà assurés de 11 sénateurs dont: pour l’Ouest: Anacacis Jean Hector; pour l’Artibonite: Emmanuel Limagne; pour le département du Centre: Wilbert Jacques et Ultimo Compère; pour la Grand’anse: Maxime Roumer; pour les Nippes: Nènèl Cassis; pour le Nord: Kelly Bastien, Sémefils Gilles et René Samson. L’OPL en compterait déjà 4, Fusion, 3, Lavalas, 2, L’Artibonite en Action, 2.

Et pour la Chambre des députés, 20 candidats de Lespwa seraient en voie de l’emporter. C’est sans doute le parti à remporter le plus de sièges, un succès d’une certaine façon, mais même avec une éventuelle alliance avec les deux élus au Sénat du parti Lavalas, Evelyne Chéron et Rudy Hérivaux, c’est loin d’être suffisant pour une majorité à cette Chambre et encore plus éloigné pour la Chambre basse.

Et pour être confortable pour choisir un Premier ministre qui s’entendra avec le président de la République pour bâtir un programme sans faire face continuellement à de l’obstruction, c’est loin d’être suffisant.

D’ailleurs, plusieurs observateurs s’accordent pour faire remarquer que les autres élus se retrouvent pour la plupart parmi ceux qui avaient appuyé le coup d’État de février 2004. «Nous prévoyons qu’il va y avoir des problèmes au Parlement , disait Emile Jean-Baptiste de SOS, un groupe de réflexion politique, dans une interview le 25 avril à Radio Solidarité, le plan [du secteur pro-coup d’État de voler la présidence] aura échoué, cependant il a réussi pour le Parlement.»

Le déroulement du second tour semble confirmer ses soupçons. En effet, non seulement à peine un million de citoyens sur 3,5 millions détenteurs de la carte d’identité électorale sont allés aux urnes, mais une grande partie de ce million s’est vu empêché de le faire effectivement, puisque on leur disait que leurs noms ne se trouvaient pas sur la liste d’un centre donné et même qu’ils auraient dû «vérifier sur Internet»! En réalité le peuple aura d’une certaine façon boudé ce deuxième tour, comme s’il savait que s’il avait pu faire respecter son vote pour la présidentielle, l’effet de surprise de sa mobilisation ne jouerait plus cette fois-ci. Un observateur de l’Union européenne, Johan van Hecke a même indiqué une participation de 15 % et le CEP, 28 %, de toutes façons bien moindre que le 7 février dernier où elle se situait à plus de 60 %, malgré les embûches mises pour empêcher les habitants des quartiers populaires de voter.

Si le calme a généralement prévalu, à certains endroits on a connu certaines confrontations. Par exemple, à Grande-Saline, dans l’Artibonite, Bertin Désir, mandataire dans un bureau pour un parti a été abattu par son cousin, Ricardo Désir, observateur pour un rival. Au moins trois autres personnes ont été blessées et les élections ont dû être annulées pour la seconde fois dans cette circonscription.

Encore dans l’Artibonite, à Verrettes, Jean Beauvois Dorsonne, un candidat du parti de Youri Latortue (LAA) a pris le maquis après avoir blessé d’un coup de feu un observateur électoral national, Marc Michel, du Conseil national d’observation électorale (CNO).

À Pestel et à Moron, dans la Grand’Anse, ce sont les sbires du Front de l’ex-rebelle Guy Philippe qui menaçaient électeurs et officiers électoraux soit pour les forcer à voter pour leurs candidats, soit pour avoir le loisir de voter en plusieurs fois.

Tout en attendant les résultats définitifs d’ici la fin de cette semaine, on peut voir dès maintenant que la partie ne sera pas facile, puisque l’élu du peuple, comme on le disait plus haut, ne détiendra point la majorité, et quand même il en arriverait à des alliances, ce sera à la suite de marchandages à n’en plus finir et sans cesse à recommencer pour chaque législation. Car il est certain que ceux qui ont fait le coup d’État du 29 février 2004 ne sont pas prêts à accepter la reprise des revendications du peuple qu’ils ont voulu une autre fois écarter de la scène politique. Évidemment les jeux sont loin d’être faits d’un côté comme de l’autre, et ce ne sont pas les intimidations à l’effet qu’il veut faire régner la dictature de la rue qui empêchera le peuple haïtien de poursuivre sa lutte pour la justice sociale.

(Haïti-Progrès - 26 avril)

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